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Archive for January, 2008

35e édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, du 24 au 27 janvier 2008.

  

  Bulles d’optimisme à Angoulême

  
Le millésime 2008 constitue en quelque sorte l’an un de la refondation. Pour sa trente-cinquième édition, le Festival international de la bande dessinée (FIBD), qui a lieu du jeudi 24 au dimanche 27 janvier à Angoulême (Charente), s’est accordé un lifting complet.
Après trois ans de turbulences, une nouvelle équipe s’est mise en place. A sa tête, un tandem formé de Franck Bondoux, délégué général, qui a obtenu au nom de la société qu’il dirige l’organisation de la manifestation pour les dix ans à venir, et de Benoît Mouchard, chargé de la direction artistique.
En quatre décennies, on mesure le chemin parcouru.
Le Festival d’Angoulême s’est imposé comme la référence du 9e art, en France mais aussi à l’étranger. Une véritable performance pour un événement organisé dans une ville de taille moyenne. Conservant comme colonne vertébrale la BD franco-belge, le FIBD a su s’ouvrir au fil du temps aux comics américains et aux mangas asiatiques. Pour la première fois, en 2007, c’est d’ailleurs un manga qui a reçu le prix du meilleur album : NonNonBâ, de Shigeru Mizuki (Cornelius).
En choisissant comme président du jury en 2008 le dessinateur argentin José Munoz, créateur de la série Alack Sinner, le festival a renforcé sa touche internationale. Parallèlement est présentée une rétrospective exceptionnelle de soixante-dix ans de BD argentine. Parmi les autres expositions prestigieuses : “Science-fiction, villes du futur”, ou le travail du groupe Clamp, quatre célèbres dessinatrices japonaises de mangas.
De l’ère associative de ses débuts, le festival vient de passer à des structures plus modernes. Il s’est, en un sens, privatisé, à l’image d’autres festivals comme Cannes et Avignon. “Nous avons fait le choix de nous inscrire dans le cadre de l’économie privée”, confirme Franck Bondoux.
Car le FIBD, c’est un budget de 3,5 millions d’euros, dont un gros tiers est assuré par des financements publics (collectivités territoriales, dont la ville d’Angoulême, mais aussi l’Etat via le Centre national du livre), les deux autres tiers provenant de parrainages privés et des ressources propres, dont la billetterie.
Symboliquement, l’effacement de Jean Mardikian, conseiller municipal d’Angoulême depuis 1971 chargé de la culture, marque ce passage de témoin. A 73 ans, celui qui fut l’un des trois cofondateurs du festival a décidé de ne pas se représenter aux élections municipales en mars. L’association, qui a créé le festival, en reste propriétaire mais elle en a délégué la gestion, la communication et le développement.

 

Cette page qui se tourne s’est accompagnée de changements parmi les partenaires privés du festival. Leclerc a été remercié et remplacé par la Fnac qui a proposé un partenariat avec la SNCF. Les deux entreprises mènent en commun des actions de promotion de la BD, notamment autour de la sélection officielle des 50 albums ; elles promeuvent un nouveau prix du public. De même, RTL s’est fait griller la politesse par France Inter et France Culture, comme partenaire radio. Des parrains historiques, seule la Caisse d’épargne a conservé son statut.

 

Souvent tendues, les relations entre les organisateurs du festival et les éditeurs de BD n’ont connu cette fois-ci aucun couac majeur. Tous les éditeurs ont répondu présent. Les gros (Dargaud, Glénat, Casterman, Delcourt, Soleil) comme les indépendants. La voilure a été réduite, la part belle a été faite à la BD de création.

 

Les organisateurs ont marqué un bon point en accédant à la principale requête des professionnels : le retour des “bulles” – espaces dédiés aux dédicaces – au centre-ville. Président du groupe BD du SNE et PDG de Casterman-Fluide glacial, Louis Delas envisage “l’avenir favorablement, pour la première fois depuis longtemps”.

BONNE SANTÉ ÉCONOMIQUE

La bonne santé économique de la BD – il s’est vendu 40,3 millions d’albums en 2007 et le chiffre d’affaires du secteur est en progression de 0,4 %, selon l’Institut GFK – explique aussi ce climat plus serein. 4 313 albums ont été publiés en 2007 (dont 3 312 strictes nouveautés) soit + 4,4 %, d’après les calculs de Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD).

Porte-parole des indépendants, Jean-Louis Gauthey, des éditions Cornélius, estime que “l’équilibre des titres dans la sélection officielle entre grands éditeurs et alternatifs reflète bien la production éditoriale”. Certes, dans l’organisation des bulles, il y a eu “la trahison de Dupuis”, dit-il, qui a préféré rejoindre Glénat et Delcourt au Champ-de-Mars, où seront réunis “tous les éditeurs industriels”, tandis qu’en haut de la ville, la bulle New York rassemblera les indépendants (L’Association, Cornélius, Les Requins marteaux, Ego comme X, Vertige Graphic…). Le taux de fréquentation servira de juge de paix.

Le succès du festival sera aussi jugé sur son ambiance et sur la participation du public – près de 200 000 visiteurs estimés l’an passé – avec notamment les concours d’improvisation de BD, les concerts de dessin et les séances de dédicaces. Au programme, les dessinateurs Zep, Blutch, Jean Giraud, Tronchet, Loisel, Chabouté, les Italiens Tanino Liberatore et Milo Manara…

Dernier défi à relever pour un festival digne de ce nom : le palmarès. Jusqu’à présent, aucun prix ne s’est véritablement imposé comme l’équivalent d’une Palme d’or ou d’un Goncourt. Les prix d’Angoulême ne font vendre qu’à la marge : 15 000 exemplaires de plus, ce qui est honorable, mais la désignation des lauréats ne provoque, en général, pas de flambée en librairie ou dans les grandes surfaces.

Alain Beuve-Méry
Affiche du Festival de la B.D., 35e

35e Festival de la B.D. a Angouleme – Ludovic Debeurme, chercheur d’images

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Portrait

Ludovic Debeurme, chercheur d’images

Il le dit lui-même : “Je suis un chercheur.” Dans son laboratoire personnel, Ludovic Debeurme observe l’homme, ses pulsions, ses peurs, ses phobies et sa capacité à les dépasser pour vivre et créer. A 36 ans, il n’est pourtant pas devenu psychanalyste, comme l’idée l’en a titillé à l’adolescence. Il est auteur de bandes dessinées, une étiquette qui semble un peu étroite à la lecture de ses albums, qui s’affranchissent de plus en plus des formats, des cadres, voire du vocabulaire du neuvième art.
1971
Naissance aux Lilas (Seine-Saint-Denis).1992
Commence une analyse, qui se poursuit toujours.2001
Illustre “L’Etrange Cas du Dr Jekyll et de M. Hyde”2002
Publie son premier album de bande dessinée, “Céfalus”.

2006
Reçoit le prix René-Goscinny pour son quatrième album, “Lucille”.

2008
Sélectionné pour le Festival de la BD d’Angoulême, expose à celui de Gérardmer.

En six ans et cinq ouvrages, Ludovic Debeurme a imposé dans le paysage de la “nouvelle BD française” sa personnalité exigeante, son univers onirique et déstabilisant, son trait acéré. “C’est un auteur à part, doté d’un souffle rare, assure Jean Paciulli, directeur général des éditions Glénat. C’est déjà un grand, et promis à un bel avenir.”Mais Ludovic Debeurme reste un auteur considéré comme difficile. Même s’il n’atteint pas les tirages de Joann Sfar (Le Chat du rabbin) ou de Marjane Satrapi (Persepolis), Lucille, son quatrième album, récit de la rencontre d’une jeune anorexique et d’un fils de marin pêcheur, publié chez Futuropolis, s’est vendu à un peu plus de 6 000 exemplaires. Il a été distingué par le prix René-Goscinny et lors de l’édition 2007 du Festival de la BD d’Angoulême.

Alors qu’une exposition lui est également consacrée par le Festival du film fantastique de Gérardmer (Vosges), Ludovic Debeurme sera de nouveau présent en Charente cette année : son nouveau livre, Le Grand Autre, publié chez l’éditeur indépendant Cornélius, a été retenu dans la sélection officielle du festival, qui s’achève dimanche 27 janvier.

L’ouvrage, une nouvelle fois, intimide. Par son épaisseur, plus de 300 pages, son titre, qui reprend un concept lacanien, mais surtout par son univers dérangeant, traversé de visions qui accompagnent l’histoire de Louis, un jeune handicapé solitaire, et de Célia, une gothique. “Le thème du Grand Autre, c’est le retour au pulsionnel, à l’animalité”, résume Debeurme, qui peut disséquer des heures durant son rapport à l’art ou à la psychanalyse.

On parle probablement de lui pour des malentendus : les psychoses, la question de l’anorexie évoquée dans Lucille, estime Jean-Louis Capron, patron des éditions Cornélius. Mais ce ne sont que des détails dans un univers fantasmatique largement plus intéressant que sa réduction à une dimension psychanalytique.”

Celle-ci est pourtant incontournable chez ce lecteur assidu de Freud, Lacan et Deleuze. “Une partie de ma nourriture intellectuelle vient de là, reconnaît-il. Mais je ne pense pas que l’on puisse créer et analyser en même temps.”

Avec son allure de jeune homme moderne, un brin bobo parisien, Ludovic Debeurme n’est pas l’artiste introverti et reclus que peuvent laisser imaginer ses albums. Il vit et travaille au milieu de livres et d’objets assortis à son univers, dans un bel atelier d’une cité d’artistes du 18e arrondissement de Paris, située en face de l’appartement où il a grandi et dans laquelle son père, artiste peintre, possède également son atelier.

“Ce n’est pas quelqu’un de torturé, mais d’assez joyeux”, assure Jean-Louis Capron. “J’ai du mal à me lâcher”, nuance Ludovic Debeurme, qui trouve sans doute dans l’instantané du dessin une réponse à son obsession du contrôle. Elle l’a longtemps habité malgré une psychanalyse commencée voilà quinze ans, à la suite d’un épisode qu’il raconte dans Ludologie, son troisième album (Cornélius, 2003).

Une nuit, un malaise le conduit à appeler à deux reprises un médecin. Par deux fois, le diagnostic est le même : crise d’angoisse. “Le lendemain, je prenais rendez-vous avec un psy, raconte-t-il. Pour moi qui me croyais malade depuis des années, qui avais des troubles alimentaires, qui vivais le quotidien avec beaucoup d’interdits et de gêne, ça a été un soulagement de découvrir qu’il pouvait y avoir une cause autre que physique.”

En se tournant vers la psychanalyse, Ludovic Debeurme applique à lui-même et aux siens la recherche qui fonde sa démarche. “Comprendre comment les choses deviennent ce qu’elles sont, dit-il. Ce qui m’intéresse, ce n’est pas de montrer un personnage avec des ailes, c’est comment ce personnage arrive à avoir des ailes.”

De son père, qui partagea un appartement avec le compositeur Georges Delerue et fréquenta Boris Vian, il a appris le geste et le goût des matières. “A 5 ans, il posait sa main sur celle de son père quand celui-ci dessinait”, se souvient la maman, professeur de musique. C’est encore son père qui l’a initié au jazz manouche ; enfant, Ludovic l’accompagnait chaque samedi à la Chope des Puces, un bar de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) où se produisaient Mondine Garcia et son fils Ninine, deux monuments du genre.

Aujourd’hui, Ludovic Debeurme officie comme guitariste soliste au sein du groupe Royal Paris Narvalo. Après des études d’arts plastiques, le jeune homme avait même hésité sur la voie à suivre. “Mais je sentais confusément que je ne pourrais pas aller aussi loin avec la musique qu’avec le dessin”, dit-il.

En 1996, tout en donnant des cours de dessin, il se lance dans une carrière d’illustrateur, inaugurée par une publication dans Le Monde mais dont le temps fort restera l’illustration de L’Etrange Cas du Dr Jekyll et M. Hyde (Nathan, 2001).

Ce n’est qu’au début des années 2000, alors qu’il se sent “au bout de ce (qu’il) pouvait faire dans l’illustration”, qu’il se rend compte de l’émergence de nouveaux auteurs et éditeurs de bande dessinée en France. “Cette liberté à laquelle j’aspirais et que l’illustration ne pouvait pas m’offrir, elle existait chez eux, constate-t-il. Pour moi, c’était une bouée de sauvetage.” L’intervention du dessinateur et scénariste Charles Berbérian lui permet d’entrer en contact avec les éditions Cornélius, qui publient, en 2002, son premier album, le troublant Céfalus.

Depuis, Ludovic Debeurme poursuit sans relâche ses recherches. Recherche du dessin “qui va bousculer le lecteur” et “lui offrir de l’image pour son imaginaire”, de “ce qui tient de l’accident, de ce décalage entre ce qui préexiste et ce qui advient”, du moment “où les choses (lui) échappent”, où le trait et le récit prennent le contrôle de l’oeuvre…

Cette quête du dessin parfait, de l’autre et de soi-même, il en a fait le coeur de son existence. “C’est comme avec les guitares, dit-il. Quand j’en essaye une qui me plaît, je transpire, je tétanise, il me la faut absolument. Mais je ne suis pas collectionneur : je ne veux pas toutes les guitares, je veux la guitare, celle qui aura le son parfait.” Un chercheur, disait-on.

Gilles van Kote

The Truth of Zizek

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Acting up

 

When “stand-up philosopher” Slavoj Zizek calls for “repeating Lenin” or praises Robespierre’s defence of terror, some observers might be tempted to ask whether his entire intellectual oeuvre is not just some kind of act. No, says John Clark. “It’s not just a pose; it’s a position.”
Slovenian philosopher and social critic Slavoj Zizek has long been known as the enfant terrible of the intellectual world, but some might wonder if even he hasn’t now gone too far.
It was not enough that, as conventional wisdom was announcing with finality the death of Communism and dismissing with contempt anything related to the old Soviet Union, Zizek would publish a book proclaiming the need for “Repeating Lenin”. But now, in a book with a guillotine appropriately emblazoned on the cover, he has decided to champion boldly the legacy of the Reign of Terror’s own Maximilien Robespierre. The central theme of Zizek’s recent work on Lenin, Robespierre and the topic of totalitarianism is the necessity of “the Act”. Some observers might be tempted to ask whether his entire intellectual oeuvre is also some kind of act.
In recent years Zizek seems always to be on the public stage. In 2005, he married 26-year-old Argentine model Analia Hounie in a celebrity wedding heavily covered by the international news media. It has been reported that Hounie is the daughter of Lacanian psychoanalysts, that she has read and understands quite competently Zizek’s difficult and voluminous works, and (depending on the report) that she either is or is not a genius. News photos proliferated of the beautiful, smiling young bride and the not so young philosopher, who appeared at times either bemused or slightly crazed.
The same year saw the release of the full-length documentary Zizek!, in which viewers got to see the intellectual superstar electrifying huge crowds, showing off his minimalist apartment and philosophising non-stop. The following year, fans were treated to two Zizek films, including The Pervert’s Guide to Cinema, broadcast by Channel 4. In this tour de force, Zizek guided his audience through the labyrinth of Hegelian and Marxist dialectics and Lacanian psychoanalysis in a rapid-fire commentary on 43 films, from The Marx Brothers to Hitchcock to David Lynch. In all these documentaries, we see a hyperactive, frenetic, twitching, gesticulating Zizek, obviously (as recommended by the title of one of his books) enjoying his symptoms. Finally, in 2007, the International Journal of Zizek Studies was established, and Zizekology became an official field of study.

While Zizek’s popular reputation has grown, and his brilliant, witty and outrageously provocative lectures and books have attracted huge audiences, he has encountered considerable hostility in the world of academic “theory”. One critic even proposed starting an “Anti-Zizek League”, which may be the ultimate testament to the efficacy of his philosophical gadflyhood. A prime example of academic Zizekophobia is The Truth of Zizek, a recent book that should perhaps be charged with false advertising. It is not really concerned with the truth of Zizek, but rather the truth about Zizek, as in “we’ve dug up all the dirt on Zizek”. The contributors are obviously driven to distraction by Zizek’s view that the faddish postmodernism that has proliferated in academia is implicitly the most advanced form of capitalist ideology, and that we need to make the “fateful step from ludic ‘post-modern’ radicalism to the domain in which the games are over”.

For the moment, however, the game goes on. This “rigorous critical assessment”, as the cover blurb of The Truth of Zizek proclaims, is in fact a mélange of shoddy scholarship, spleen-venting and ludicrous stabs at being radical. For example, Jeremy Gilbert, indignant at Zizek’s criticisms of Cultural Studies, tries to convince the reader that Zizek writes like a right-wing demagogue, says the same things as a right-wing demagogue, and attacks the same things as a right-wing demagogue. His conclusion is, of course, that Zizek is not a duck. Ian Parker, on the other hand, claims that Zizek’s “trajectory” is “toward fake-leftist individualism”. Right, left, whatever.

The collection culminates with Jeremy Valentine’s tirade against Zizek’s supposed “Left-wing Fogeyism”. Valentine thinks that if he divulges “what really gets on Zizek’s tits” and reveals that “instead of buggering Deleuze, Zizek is simultaneously fucked by Deleuze and Lacan”, Zizek’s demolition of Valentine’s kind of infantile pomo antics will be exorcised. It won’t. The one merit of this Bloody Valentine to Zizek is that the author sums up well the outlook of many of Zizek’s postmodernist critics: “life is too short to worry about being right” so “just grab what you can.”

There is at least one serious criticism in the book. Philosopher Simon Critchley contends that Zizek is “whistling in the dark” and that his proposals for action amount to nothing more than “vague apocalyptic allusions to violence”. Even more to the point is Oliver Marchart’s claim that Zizek advocates “a purely abyssal and decisional act” that Lenin (the very figure whom Zizek urges us to “repeat”) would have dismissed as mere “adventurism”. In other words, the charge is, once again, that Zizek’s Act is just an act. This brings us to our primary question. All games aside, what is, in fact, the nature of Zizek’s “Act”?

Zizek’s analysis might well give some careless readers the impression that it is groundless, purely spontaneous, and might lead nowhere in particular. For example, he says that the revolution he envisions “ne s’authorise que d’elle même” – it is its own justification. He also explains that revolutionary action is “exactly like making a leap of faith”. But if that’s what it is “exactly” like, perhaps one might reasonably conclude that it’s no more than a baseless, irrational exercise of will.

However, Zizek’s critics might have thought twice before latching on to a few isolated passages that might imply such a purely spontaneous, ungrounded Act with no real end in view. After all, Zizek is a harsh Hegelian critic of any abstract ideas of the Right and the Good that are detached from history and reality. Moreover, anyone who has read even a little Zizek knows that when he says that something is “exactly” or “precisely” some way, we find out later that it’s also “exactly” and “precisely” some other way.

Zizek no doubt intends to shock the reader when he praises Robespierre’s defence of terror and calls for “repeating Lenin”. However, that’s not the main point. It’s not just a pose; it’s a position. He explains that he wants to “repeat Lenin” in a Kierkegaardian sense: “to retrieve the same impulse in today’s constellation”. This is the impulse to focus resolutely on the conditions that authorise the Act. Moreover, the legacy of Robespierre that he affirms is also quite specific: his commitment to the necessity of “large-scale collective decisions”. So the Act isn’t about the guillotines or the Checka, but about the ability to envision the possibility of qualitative changes in society and to act on this vision.

Zizek holds that “there are no innocent bystanders in the crucial moments of revolutionary decision”. By “crucial moments” he doesn’t mean only a 1789 or a 1917. There are no “innocent bystanders” now, as various genocides and ecocides are being carried out in our name, and the products of our labour are being used to destroy, exploit, oppress and murder. Despite being on the opposite end of the philosophical spectrum, Zizek has something here in common with a thinker like utilitarian ethicist Peter Singer. How, asks Singer, can I justify squandering wealth on luxuries while others are starving, and I could save many lives with at most a small sacrifice? He concludes that the reallocation of this wealth (and indeed much more) is not “charity” but rather strict justice. Zizek makes a similar point. I am not innocent when I allow preventable atrocities to go on and merely pretend that I’m incapable of acting. This is the ethical grounding of the Act.

Zizek discusses several possible paths for action. At times he stresses the course of indirect action rather heavily. He laments the fact that the options that now seem realistic are those that allow everything to remain fundamentally the same. This is exemplified by the obsession with recycling and Green consumerism, in which gestures that cannot possibly have a significant effect on the underlying problems (global climate change, mass extinction, ecocide) replace the will to act decisively. Other examples include the concern with politically correct language or endless apologies offered to victimised groups. These gestures act as substitutes for concerted action against structural racism or actual genocide. Zizek rejects such illusory forms of action in favour of opposition to global capital through challenging “the hegemonic ideological coordinates”. Does this mean that Zizek is willing to settle for “the terrorism of pure theory”? Not at all.

Elsewhere, Zizek is quite specific about what the Act might mean in terms of large-scale political action. He cites what Badiou sees as the four moments of revolutionary justice: first, voluntarism, or the faith in one’s ability to act; second, willingness to use “terror” to “crush the enemy of the people”; third, the will to take “egalitarian justice” as far and as quickly as necessary; and, finally, trust in the people. He explains how a response to the ecological crisis might embody these elements. It would imply a willingness to impose uniform standards everywhere in order to solve the problem; a readiness to inflict “ruthless punishment” on those who resist; a commitment to immediate, large-scale, drastic changes; and faith that “the large majority” will ultimately endorse this course of action.

Zizek doesn’t say what “ruthless punishment” might mean, but presumably it would include heavy fines and imprisonment. It might also require strong pressure or even coercive means against regimes that resist. Some might say this is harsh. Zizek’s response is that we should consider the alternative to acting. Decades may pass while debate continues over reaching standards like those of the Kyoto Protocols, which are entirely inadequate to solve the problem. Rising sea levels may inundate lands where hundreds of millions of people now live, and unprecedented social chaos may result. Ruin of agricultural lands may inflict famine on hundreds of millions, if not billions. Which produces the greatest terror, action or inaction?

For Zizek, our situation today is much like that of the partygoers in Buñuel’s film The Exterminating Angel, who are unable to leave the building, even though the door is unlocked. The prevailing condition of paralysis is called “democracy” in most of the world. According to Zizek, under mass democracy “the social body is symbolically dissolved, reduced to a pure numerical multitude. The electoral body is precisely not a body, a structured whole, but a formless abstract multitude.” There is no room for agency. The criterion for judging political regimes is similar to the criterion for judging the corporate-dominated consumer economy. Are my most basic biological needs being reasonably fulfilled, and is my fantasy of the good life through consumption of commodities being reasonably sustained? According to Zizek, under late capitalism “the true content of global liberal democracy” is “the biopolitical administration of life”. The result is a kind of degraded version of Plato’s ancient dream of philosopher-kingship, in which the rulers ensure that the basic needs of the masses (who are treated as producing and consuming machines) are taken care of, they are given a “Noble Lie” (fundamental fantasy) to channel their desire and quiet their doubts, and there remains no reason for them to “act” in any political sense.

Zizek looks to a future beyond the fantasy. He invokes the concept of the passage á l’acte, which in Lacanian psychoanalysis signifies an exit from the fantasy scene. It also means leaving the symbolic, the realm of the Big Other, the realm of domination. It means a confrontation with the real. This could be the real of our own lives or the real of our collective history. Critics who see mere adventurism in Zizek ignore this dimension – his call for the substitution of the “passion for the real” for the passion mobilised and channelled by fantasy and fetishism. The authentic Act cannot be for Zizek a mere revolutionary moment, a new fantasy scene. He endorses what Badiou calls “fidelity to the event”, the resolution to create “a new lasting order”. The ethical imperative embodied in Zizek’s concept of the Act requires that that the subjective spirit of revolt find its fulfilment in an objective order of history.

This takes us back to the nature of the site événementiel, the stage of the Act. Zizek says that “in a genuine revolutionary breakthrough, the utopian future is neither simply fully realised, present, nor simply evoked as a distant promise which justifies present violence – it is rather as if, in a unique suspension of temporality, in the short circuit between the present and future, we are – as if by Grace – briefly allowed to act as if the utopian future is (not yet fully here but) already at hand, there to be seized.” Zizek alludes here to the numinous, ecstatic dimension of revolutionary transformation. But it can also be realised before the Big Act, le Grand Soir, arrives. In fact it is the secret of any truly liberatory form of life.

Zizek recognises this when he says that “the time has come to start creating what one is tempted to call liberated territories, the well-defined and delineated social spaces in which the reign of the system is suspended: a religious or artistic community, a political organisation.” Marchart judges such ideas of “self-organised collectives in zones outside the law” to be nothing more than “separatism and escapism”. However, he has it precisely backwards. These proposals represent the exact point at which Zizek proposes the most authentic encounter with the real (as opposed to the post-modern flight from the real) and some hope for a repetition of Lenin that does not repeat the Leninist tragedy. He proposes an act that is beyond revolutionary fantasy, beyond heroic virtue.

In such ideas, one finds a bridge between his inescapable moral imperative to break with a destructive fantasy-world through a decisive Act, and his recognition that the conditions for action, for the shaping of the site événementiel must be created through a long history of much less dramatic but no less decisive Acts. In a sense, this is a shift from revolutionary gesture to revolutionary gestation. It is possible that a social order does not finally perish until not only the material conditions for new relations but, to a certain degree, those new relations themselves have grown up within the womb of the old society.

So how, in the end, do we judge Zizek’s Act? If it is a question of a response to his philosophical act, it seems to me that we can only applaud his magnificent performance. But if we confront his challenge of the moral necessity of the Act, beyond theatrics, beyond the spectacle, we are each faced with the imperative to make our own judgment. And to act.

The Truth of Zizek was published by Continuum in 2007. Did Somebody Say Totalitarianism?, Virtue and Terror: Maximilien Robespierre and V.I. Lenin: Revolution at the Gates were published by Verso in 2007.

http://www.eurozine.com/articles/2008-01-22-clark-en.html

Bac 2008 Epreuves Anticipees de Francais

Programme bac français

Le programme des épreuves anticipées de première 2008 :
Les objets d’étude pour toutes les séries générales (L, ES, S) et technologiques :
- Le roman et ses personnages : vision de l’homme et du monde,
- L’argumentation : convaincre, persuader et délibérer,
- La poésie,
- Le théâtre : texte et représentation,
- Un mouvement littéraire et culturel (facultatif pour les séries technologiques).
Les objets d’étude pour les séries L :
- Les réécritures,
- L’autobiographie.

Les mouvements littéraires :
- du 16e siècle,
- du 17e siècle,
- du 18e siècle.

Bulletin officiel num. 40 du 2 novembre 2006

http://www.education.gouv.fr/bo/2006/40/MENE0602437A.htm

1968, Et apres?

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Cohn-Bendit, le porte-voix du Mai français, met bel et bien l’affaire au passé. L’Europe, au présent, concocte ses propres révoltes. On prend les jeunes et on recommence ? Souvenirs d’une lutte partagée entre étudiants, féministes et ouvriers.

http://www.cafebabel.com/fr/dossier.asp?id=470&utm_source=NL_FR&utm_medium=email

M. Sarkozy, la laicite et la “religion civile”

 France – Le Monde

Secularism, a common base for Europe

By lauding the Christian religion in recent speeches, French president Nicolas Sarkozy has relaunched the debate around the respect of secularism.

Henri Tincq, a journalist specialising in religion, considers that “Mr Sarkozy’ wrongly confuses secularism with the secularisation of mores, of behaviour, of ideas. … It is because of the emergence of rights and of nations emancipated from religious power that it has been possible to create democratic States that are independent of rival religious factions. Secularism has become a sort of ‘common good’ in modern Europe, as the protestant sociologist Jean-Paul Willaime has said. No member state identifies more with a single ideological or religious force. This victory of secularism does not exclude the recognition of the social usefulness and the democratic role played by religion.”

Analyse

M. Sarkozy,

la laïcité et la “religion civile”,

par Henri Tincq

Le débat sur la place des religions dans la société démocratique redevient explosif en Europe. Avec sa foi chrétienne déclinante, des minorités musulmane et hindoue vivantes, la Grande-Bretagne se perçoit déjà comme une société multiconfessionnelle. Mais en Allemagne, aux Pays-Bas, en France, l’intégration de la minorité musulmane suscite toujours autant de tensions. En Espagne, en Italie, les catholiques mènent l’offensive contre des évolutions de moeurs perçues dans la société comme des droits nouveaux (euthanasie, unions homosexuelles, etc.). A Madrid, ils manifestent dans les rues. A Rome, un fait inouï vient de se produire : devant une menace de manifestation “laïque” à la vieille université de la Sapienza où il devait prononcer un discours, le pape Benoît XVI a décidé de rester chez lui. Un tabou a sauté – la liberté de parole du pape – qui a mis en émoi le monde politique et l’Eglise.

Dans ce contexte, Nicolas Sarkozy a prononcé deux discours, à la basilique du Latran à Rome le 20 décembre 2007 et à Riyad le 14 janvier, qui proposent une vision de la laïcité assez différente de celle qui avait fini par s’imposer en France après un siècle de crises. Depuis, certains prêtent au président français des intentions “concordatrices”, dans la lignée d’un Napoléon qui avait une vision plutôt politique et cynique de la religion : “Comment avoir de l’ordre dans un Etat sans religion ? La société ne peut exister sans l’inégalité des fortunes et l’inégalité des fortunes ne peut subsister sans la religion”, écrivait-il en 1801, l’année du concordat signé avec Pie VII, destiné à rétablir la paix civile et religieuse après la Révolution.

On le dit également issu de la vieille droite maurrassienne. Charles Maurras (1868-1962) était un agnostique admiratif de l’oeuvre civilisatrice de l’Eglise catholique, comptable des rancoeurs accumulées par la laïcisation et la séparation. Pour lui aussi, la religion seule assure le salut public et l’ordre. “La religion étant attaquée sur le terrain politique, il faut la défendre politiquement”, écrivait-il en 1912 dans Politique religieuse. Mais Maurras était surtout un antirépublicain et la comparaison avec M. Sarkozy est absurde.

L’inspiration peut-être la moins contestable est celle qui prête à M. Sarkozy un rêve de “religion civile” à l’américaine. La Constitution des Etats-Unis sépare nettement la religion de l’Etat, mais une “religion civile” existe bien, qui exclut toute suprématie confessionnelle, mais place sans complexe la religion au coeur de sa sphère publique. C’est à ce titre que le président élu prête serment sur la Bible ou, dans un autre genre, au nom d’une liberté de religion sans restriction, que l’Eglise de scientologie a droit de cité.

M. Sarkozy a répété qu’il ne toucherait pas “substantiellement” à la loi de séparation de 1905. Celle-ci reste d’autant plus la boussole que, depuis, l’islam s’est installé et que la France n’est à l’abri ni de tensions islamistes ni d’un évangélisme devenu agressif. Mais il veut en finir pour de bon avec “la guerre des deux France” (cléricale et laïque), avec l’hypocrisie qui régit les rapports entre les religions et l’Etat, officiellement séparés mais unis par de nombreux liens et compromis. Il veut passer de l’ignorance officielle à la reconnaissance du “fait religieux” dans ses dimensions historique et culturelle. Pour lui, on peut d’autant moins réduire la religion au simple “espace privé” que des demandes spirituelles existent qu’il ne serait ni juste ni réaliste d’ignorer.

RECONSTITUTION DE L’HISTOIRE

C’est la même “Realpolitik” qui l’a conduit à Riyad, capitale du wahhabisme – la version la plus radicale de l’islam – à invoquer à 13 reprises le nom de Dieu, avant de faire un éloge, appuyé mais tardif, de la “diversité” des religions, ce qui était le moins dans la théocratie saoudienne. Une “politique de civilisation” n’aurait aucune chance d’aboutir, en effet, si la dimension religieuse de l’homme n’était pas respectée, si le jeu des forces confessionnelles dans le monde était ignoré, si la tolérance n’était mise au coeur du projet.

Le procès de “communautarisme” déjà intenté à M. Sarkozy semble prématuré. Sa volonté d’apaisement des querelles religieuses n’est pas contestable, mais son expression est maladroite. Affirmer à Riyad que “Dieu est au coeur de chaque homme” est une option philosophique, étonnante de la part du chef d’un Etat laïque. Etonnante aussi, pour les historiens, la vision unilatérale de l’histoire de la laïcité qu’il a développée dans son discours de Latran. M. Sarkozy n’y retient que l’héritage positif de l’oeuvre de l’Eglise et l’héritage négatif de la contestation laïque. Mettre sur le même plan le rôle du “curé” et de l’instituteur dans l’éducation des masses ne résiste pas à l’examen historique. Non plus que le fait d’ériger l’Eglise, dans les luttes de séparation, comme la seule victime et martyre, faisant passer la laïcité au mieux pour une “cruauté gratuite”, comme dit l’historien Jean Baubérot. Cette reconstitution de l’histoire ni ressemble ni à la vérité ni à l’équité.

L’erreur de M. Sarkozy est de confondre la laïcité et la sécularisation des moeurs, des comportements, des idées. C’est l’erreur que commettent aussi, à leur manière, les épiscopats espagnol et italien inscrivant sur le compte d’offensives laïques l’affaiblissement de la mémoire chrétienne, le déclin des pratiques religieuses, l’enlisement de la foi dans les délices du matérialisme. La sécularisation triomphe en Europe, fruit d’histoires nationales complexes et d’un effritement de valeurs fondées sur le christianisme. Mais, au nom d’une “laïcité positive”, en fait néocléricale dans la bouche de M. Sarkozy, est-ce à l’Etat de suppléer ce que le discours religieux a perdu de pertinence et de capacité à convaincre ?

C’est parce qu’ont émergé des droits et des nations libérés de la puissance religieuse qu’ont pu se créer des Etats démocratiques, indépendants de factions confessionnelles rivales. La laïcité est devenue une sorte de “bien commun” de la nouvelle Europe, comme dit le sociologue protestant Jean-Paul Willaime. Aucun pays membre ne s’identifie plus à une force idéologique ou religieuse unique. Cette victoire de la laïcité n’exclut pas la reconnaissance de l’utilité sociale et du rôle d’animation démocratique que joue la religion.

2. Jeudi 24 Janvier 2008 – French Surgery

. Questions for French Class

 Cecile,
Voici quelques-unes des questions dont nous avons discuté.
[discuter de quelque chose, parler de quelque chose]
Seph

1. Why say “On voit toujours” as opposed to “Il y a toujours” in the sentence “On voit toujours les beaux paysages” ?

2. Does “en attendant” always mean “meanwhile” ?For example in the sentence: “En attendant, Claudia et moi allons au cinéma ce soir ” But there is an album by Jean Michel Jarre called “En attendant Cousteau”.

3. What is the translation of “On peut se retrouver à huit heures et quart” ?

 4. ‘De toutes de façons’ means ‘anyway’ ?

3. Mercredi 30 Janvier 2008 – Creative Writing

Reading : Jacques Prévert, Paroles (Paris: Gallimard, 1946).

Place de la Concorde

Moi, multicolore

Je coupe

Une boîte de fleurs

A la minute

D’un air astral    

Vocabulary Recap. Sept. – Dec. 2007 

Gerhard Richter, un peintre s’explique

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Richter, un peintre s’explique
LE MONDE | 26.01.08 | 15h16  •  Mis à jour le 26.01.08 | 15h16 Baden-Baden (Allemagne) Envoyé spécial

L’Allemand Gerhard Richter, 75 ans, est un des plus grands peintres de la seconde moitié du XXe siècle. Après le Museum of Modern Art de New York, en 2002, le Museum Frieder Burda de Baden-Baden, en Allemagne, lui consacre une rétrospective sur trois étages, alors que la galerie parisienne Marian Goodman présente des tableaux abstraits. Museum Frieder BurdaLichtentaler Allee no 8, Baden-Baden, Allemagne.

www.museum-frieder-burda.de

“Gerhard Richter, Abstract Paintings”,
Galerie Marian Goodman, 79, rue du Temple, Paris-3e. Jusqu’au 1er mars.

L’exposition allemande s’appuie exclusivement sur des collections privées allemandes, à commencer par celle de Frieder Burda lui-même. Pour bien montrer Richter, les collections Böckmann à Berlin et Ströher à Darmstadt ont donc été mises à profit. Sont réunies plus de soixante peintures, d’une toile de 1963 à des oeuvres de 2007 – ce qui en dit long sur la qualité des collections privées en Allemagne. Déployées dans les salles dessinées par Richard Meyer, les peintures ne constituent pas pour autant une rétrospective au sens habituel du mot. L’accrochage ne suit pas l’ordre chronologique. S’adaptant aux espaces – galerie monumentale, plus petites salles -, il virevolte d’une époque à une autre, d’un style à un autre.

Les tableaux saturés d’allusions à la photographie des années 1960 côtoient des abstractions gestuelles, les monochromes gris sont au contact des toiles au chromatisme le plus intense, les portraits jouent avec les paysages. Jouent : le sentiment qui naît de la visite n’est pas celui d’une leçon d’histoire, encore moins d’une célébration solennelle, mais du plaisir de faire de la peinture de toutes les manières.

On est ici loin de l’image de l’artiste, celle d’un théoricien, taciturne et peu communicatif. Richter nous a reçus à Baden-Baden. On est frappé par ses yeux : très bleus, très clairs, très grands. L’artiste a lui-même assuré le commissariat de l’exposition. De là le désir de s’en expliquer avec lui, devant ses toiles.

Vous êtes le commissaire de votre exposition. Est-il facile d’être son propre historien ?

La question ne se pose pas en ces termes. L’exposition est faite avec des toiles venues de collections privées. J’ai agi sur leur accrochage, pas sur leur choix. Si l’ordre chronologique n’est pas respecté, c’est en raison des tailles des salles et de celles des toiles, mais c’est aussi parce que je voulais un accrochage esthétique et non didactique, en jouant avec l’architecture. Et que chaque salle soit comme une histoire, pour qu’un sens puisse s’en dégager.

C’est ainsi que vous placez côte à côte une femme nue peinte en noir et blanc, Olympia, et une toile abstraite de même format, elle aussi en noir et blanc.

Ce sont simplement deux tableaux qui se rapprochent. Le spectateur, les voyant ensemble, peut être aidé par le gris et le format à aller dans le sens de ce rapprochement. Sinon…

Sinon, il ne comprend pas cette diversité, cette peinture tantôt abstraite et tantôt figurative.

Ah ça… Mais cela me semble normal. De moment en moment, un homme ne se comporte pas toujours de la même façon, ne s’habille pas toujours de la même façon, tout en restant le même. C’est ce que je fais. Depuis Picasso et Picabia, c’est désormais un phénomène normal que d’employer des méthodes différentes… Ce qui me surprend toujours, à l’inverse, c’est que les gens disent devant un de mes tableaux “C’est un Richter”, alors que je me donne tant de mal pour rester anonyme.

Anonyme ?

Voir le tableau comme une énorme signature, c’est ce que je ne veux pas.

Pourriez-vous décrire la genèse d’une de vos toiles abstraites ?
C’est toujours la même histoire. Il y a une idée vague au début, des couleurs claires ou des couleurs sombres. On commence lentement à peindre, en voyant ce qui est bien, ce qui l’est moins. Et là, on n’est plus tellement libre, de moins en moins, même. Et on continue, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de raisons de changer.

Comment obtenez-vous ces effets d’écrasement et d’étirement des couleurs ?

En utilisant une plaque de plastique très fine et large de 30 centimètres. En appuyant plus ou moins sur la toile, j’obtiens une impression différente. Pour cela, il faut que l’huile ne sèche pas trop vite, pas avant deux ou trois semaines : l’huile d’oeillet est très bien pour ça.

Une de vos toiles abstraites s’intitule Courbet. Pourquoi ?

C’est un hommage à Courbet, à ses paysages. J’en avais vu récemment, je suppose. Et il a déclenché la toile.

Revenons à vos premiers tableaux, au début des années 1960.

Ils étaient influencés par l’époque : c’était la joie de vivre vue par la publicité.

Le pop ?

Oui, le german pop art.

Vous connaissiez le pop américain ?

A travers les revues, Artforum, Art in America. On voyait les reproductions. Mais ça ne pouvait pas durer longtemps. Aujourd’hui, ça n’aurait plus de sens.

Ce qui ne vous empêche pas de peindre encore des paysages.

Les paysages de neige ? Je me demande toujours si j’aurais pu les peindre quand j’étais jeune. Je ne crois pas : ce sont des peintures qui réclament du calme, des tableaux modestes, sans grande ambition.

Il y a, parmi les toiles de vos débuts, nombre d’images de guerre, des avions surtout.

Peut-être parce que j’étais jeune et que ces avions me semblaient un sujet attractif. Ou peut-être parce qu’ils me rappelaient un souvenir de la guerre, les avions qui passent. Je pourrais en dire autant de mes toiles de villes : pour moi, ce ne sont pas des cartes, ce sont des villes détruites vues d’avion. Mon tableau de Paris, c’est un Paris complètement détruit. Enfant, j’habitais à Dresde. Je me souviens des ruines qu’on déblayait à la pelle.

Ce qui veut dire qu’il y a une part d’autobiographie dans ces oeuvres ?

Je le pense.

Que pensez-vous du fait d’être l’un des peintres vivants les plus réputés et celui dont les oeuvres sont les plus recherchées par les collectionneurs ?

Que, s’il en est vraiment ainsi, c’est très bien et que ça me plaît. Mais que ce n’est peut-être aussi qu’une mode, une sorte de chic. Il peut y avoir mille raisons à un succès, des bonnes et des mauvaises.

Et de l’influence que vous exercez sur les jeunes artistes ?

Il m’est difficile de l’évaluer. Je vis assez retiré et je suis assez méfiant par rapport à ces histoires d’influence. Mais ce que je crois surtout, c’est que les jeunes artistes veulent faire autre chose que leurs prédécesseurs. Matthew Barney ou Damien Hirst n’ont pas besoin de s’occuper de moi.

Alain Badiou et Nicolas Sarkozy

La seconde jeunesse d’Alain Badiou, nouvel héraut de l’anti-sarkozysme
LE MONDE | 11.01.08 | 14h16  •  Mis à jour le 11.01.08 |
Voilà un succès qui en dit long sur un certain désarroi à gauche. Le livre pamphlet d’Alain Badiou De quoi Sarkozy est-il le nom ? (Lignes, 14 euros) fait un tabac deux mois après sa sortie. Et réassure une petite notoriété à un philosophe plutôt aride dont les présupposés politiques restent – de manière assumée – très empreints d’un marxisme léninisme puisant aux sources les orthodoxes (“mao- stal”, aurait on dit les années 1970).Ses plus de 17 000 exemplaires vendus – inespéré pour un auteur dont les ouvrages plus austères ne dépassent pas les 3 000 – un retirage en urgence par la petite maison d’édition, un nombre de recensions encore jamais atteint… : “On savait que ce livre allait se vendre mais pas à ce point”, confie Sébastien Raimondi, responsable d’édition.C’est par le bouche-à-oreille au sein d’un lectorat très critique à l’encontre de Nicolas Sarkozy que le livre fut conseillé. Des lecteurs “déprimés”, comme les décrit Alain Badiou dans son ouvrage. Tellement assommés par ce “coup sur la tête” qu’ils cherchaient des mots que le philosophe a su trouver pour nommer leur mal-être. Parlant de M. Sarkozy comme de “l’homme aux rats”, expression d’un “pétainisme soft” face à une gauche impuissante, il propose à ses lecteurs une “nouvelle morale” pour n’”être ni rat ni déprimé”, un nouveau “courage”.Sur le Net, des sites militants comme Non-a-lintox.org, Paper.blog, Bellaciao ou Rezo.net ont vite chroniqué le petit ouvrage. Il a aussi gagné les sites locaux Désirs d’avenir, de Ségolène Royal, ou Nonfiction.fr, de l’écrivain Frédéric Martel. Patrick Besson lui a consacré un éditorial dans Le Point, Le Parisien une pleine page, et le voilà convié par les radios telles BFM ou France Inter. Répondant à “toutes” les invitations – “sauf la télé parce que les débats sont tronqués”, dit-il -, M. Badiou sillonne, à 70 ans, les librairies et les cercles militants.Pourquoi un tel engouement ? “C’est un livre accessible qui reprend une interrogation partagée”, explique son éditeur. L’auteur, s’en amuse : “Je suis frappé par la violente hostilité dont Sarkozy est l’objet de la part de gens que je rencontre : des intellos, des ouvriers, des profs. C’est le début d’une minorité très constituée”, professe M. Badiou. Une minorité dont rêve le disciple de Mao même si elle n’est pas encore “agissante”.

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